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La crise du Covid racontée par l’ animatrice du GEM Suis ton chemin à Angoulême

D 13 mai 2020     H 10:08     A Fatima Zaoug     C 0 messages


Une SISM pleine de Promesse

La SISM 2020 devait être une GRANDE année pour les GEM de la Charente. Tout le monde connait la SISM ? Cette Semaine d’Information sur la Santé Mentale qui met sous les feux de la rampe le handicap psychique et tous ses acteurs. Nous allions jouer dans la cour des grands en intégrant le collectif charentais, chapeauté par le Centre Hospitalier Camille Claudel. Animatrices, membres du bureau des associations des GEM, ont participé, depuis le mois de septembre, aux réunions mensuelles, fixées par le directeur de l’hôpital. A l’hôpital ! Dans le beau bâtiment ancien d’une architecture majestueuse, rejoignant ainsi un collectif de plus de 25 partenaires (UNAFAM, Centres sociaux, services extra-hospitaliers, mairie d’Angoulême, compagnie de théâtre, ESAT…). Même pas peur ! c’est ce qu’on s’était dit.
Et voilà comment cette belle aventure a débuté. Nous voulions organiser notre journée spéciale « Regards partagés ». Cette journée qui aura pour but de faire connaître les GEM au grand public. Dès le mois de septembre, nous nous y sommes attelés avec une bande de 8 à 15 adhérents, nombre qui variait selon la météo, l’humeur, la belote, les copains à voir…
Ah ! nous étions bien partis : des réunions hebdomadaires, constitution d’équipes de travail, mise en œuvre d’ateliers manuels, artistiques, location de salle municipale, négociation avec la mairie pour obtenir des plantes pour la décorer. Première victoire, la mairie nous en fait cadeau des belles, grandes plantes ! et oui ! on n’a pas lésiné sur NÔÔÔTRE journée du 25 mars. Nous avions décidé de faire ça beau ! grand ! grand public !
Fin février, fiers de l’avancée de notre projet, nous commencions à discuter de…..la bouffe ! et oui, qu’est-ce qu’on fait ? car évidemment, qui dit journée, dit se nourrir pour tous les repas ! C’était notre dernière réunion, nous avions décidé de… ben non ! inutile de dévoiler nos menus de la journée ! ce serait inhumain, à vous lecteurs, d’être passés à côté de cet évènement et de l’accueil que nous allions réserver à nos visiteurs !

Et là, Bim ! Tout tombe à l’eau

Et là, Bim ! début mars, dernière réunion du collectif charentais, le directeur nous annonce l’annulation des évènements que l’hôpital organise. Pour nous, c’était clair ! il n’y avait plus de sens à notre journée durant la SISM, si le collectif n’y était pas. Nous avons donc décidé, avec la plus grande tristesse… ouin ! sniff ! sniff !....d’annuler NÔÔÔTRE Journée !!!!
Suite à cela, nous n’avons pas trop compris ce qui nous arrivait. Nos associations gestionnaires nous ont demandé de ne plus serrer les mains, d’éviter de faire la bise, de demander aux adhérents de ne plus faire la bise !!! et paf ! mi-mars, il est arrivé ! comme ça sans crier gare ! ce confinement qui nous met à mal, tous !
Aaaaaarrh ! Flûte ! tout notre fonctionnement professionnel, et accessoirement personnel, est soudain chamboulé !

Bon, après le premier choc, il a fallu s’or-ga-ni-ser ! alors, alors, alors, comment fait-on ? la majorité des adhérents n’a pas d’accès internet, certains n’ont pas de ressources culturelles en dehors de la télé, comme lecture, le programme télé, voire la Charente Libre. Beaucoup n’ont pas de smartphone. Le maintien du lien, préconisé par l’ARS, va être restreint au téléphone maison et portable basique, pour la plupart.
Moi, animatrice, j’ai commencé par créer un groupe téléphonique, histoire d’envoyer le même message à tous et un groupe Wats’app, pour ceux qui sont équipés et qui acceptent d’y être joints.

Extension du domaine de la lutte

Et voilà, c’est parti pour ma nouvelle organisation du travail ! Programme du jour (des jours !), texto de salutations matinales, suivi par des devinettes, des blagues. Ces envois sont entrecoupés d’appels téléphoniques ou de textos individuels.
La première semaine, j’ai passé mon temps à rassurer, expliquer, dédramatiser, aider à remplir ce document (l’attestation de déplacement !!) qui va jalonner notre quotidien mais surtout, surtout…dire aux personnes RESTEZ CHEZ VOUS ! jamais, oh grand jamais, je n’aurais pensé dire ces mots aux adhérents d’un GEM !!!
Mais voilà, une des grandes compétences des animatrices des GEM, c’est l’adaptation, non ?
Et c’est ce que j’ai fait. Ma façon de travailler a radicalement changé. Je me suis permis un moment de frustration, au regard de cette nouvelle organisation. Cela me semblait compliqué de percevoir réellement ce que les adhérents ressentaient à travers les textos ou les appels téléphoniques. Une grande partie de notre communication, dans le GEM, passe par le regard, la posture, l’attitude, les sourires, les grimaces…bref, tout ce que les textos ne transmettent pas. De ce fait, j’ai décidé d’appeler les adhérents tous les deux ou trois jours. Ceci pour avoir de leur nouvelles de vive voix, tout en connaissant les limites de cette communication uniquement orale.
Au fil des jours et des semaines, s’est installée une forme de rituel. Certains adhérents m’envoyaient des blagues ou des devinettes. Je les transférais au groupe. Je recevais les réponses, que je transférais à la personne qui a fait la devinette. J’ai passé des heures entières à transférer. Waouh ! Je me sentais comme une standardiste dans une grande entreprise !
Tous, respectaient parfaitement le confinement imposé. J’ai même soupçonné, chez certains, une relative satisfaction à rester chez soi : « Ben ! on est obligé, c’est le gouvernement qui l’a dit ! oui, oui, je sors…de temps en temps…pour aller faire les courses…aller marcher une heure, hein ? pourquoi faire ?...Bah, oui, faut faire attention de ne pas l’attraper ! »

Trés vite j’ai réalisé qu’il y avait du boulot à faire

Ce sont quelques phrases entendues, qui m’ont fait dire qu’il y a du boulot à faire. Ne serait-ce que, pour ces adhérents, fans de « cocoonning », de leur expliquer la nécessité de faire de l’exercice physique. Bon, j’ai même fais ma blague habituelle « pensez à cet été, quand vous vous mettrez en maillot pour la plage !... ». Je savais pertinemment qu’ils étaient à mille lieues de ce projet. Quelques-uns me disaient oui, oui, pour me faire plaisir, comme d’hab. Mais, voilà, ils sont chez eux, libres de faire comme ils veulent…ils me semblaient tellement bien…
Effectivement, tous me semblaient aller bien, malgré cette privation de sorties. Toutefois, au bout d’un mois, ils avaient tous hâte de retrouver une vie normale, au bout d’un mois. A l’annonce du prolongement du confinement jusqu’au 11 mai, il y a eu deux réactions. Certains, la petite majorité était déçue, frustrée d’être encore confinée, mais avec, encore cette forme d’acceptation, qui arrange un peu. Les autres, au nombre de onze, m’ont fait part de leur ennui. Ceux-là vivent seuls et en appartement. Une adhérente souhaitait être admise à l’hôpital, histoire de voir du monde, a-t-elle dit à ses soignants. Ceux-ci, évidemment, lui ont refusé l’admission. Elle s’est résignée. Une autre, ressentait de la colère, qui alternait avec des moments de grosse déprime. Elle m’avait demandé, au début du confinement, si elle pouvait venir au GEM, pour tondre la pelouse. Prétexte, évidement, pour sortir de chez elle, où elle vit seule. Je lui avais donné une réponse négative. Je lui disais que le jardin pouvait attendre la fin du confinement, qu’il fallait absolument le respecter, que moi-même, je faisais du télétravail…Je percevais pertinemment, son envie de sortir, d’être utile. Je voudrais préciser qu’elle est la vice-présidente du GEM. Depuis son arrivée, elle s’est impliquée fortement dans la vie quotidienne. Elle a recréé un réseau d’amis rencontrés au GEM. Elle fait partie de ces adhérents pour qui les GEM sont les seuls lieux de socialisation…

De la nécessaire ré ouverture du GEM

Sur son insistance, et avec l’accord de mon chef de service, je l’ai accueillie, un après-midi. Nous ne nous sommes pas croisées. Elle est allée directement dans le jardin, après s’être lavé les mains. Je suis restée dans le bureau pendant qu’elle tondait la pelouse. Nous avons discuté un petit moment, en gardant nos distances sociales, notre distanciation physique !.. Elle m’a remercié mille fois de lui avoir permis cette escapade. Evidemment, le motif de déplacement pour tonte d’une pelouse, n’existe pas, n’est-ce pas ! qu’à cela ne tienne ! A situation exceptionnelle, accueil exceptionnel. Sur son attestation elle a indiqué, qu’elle allait faire une balade d’une heure (J’ai lu, quelque part, que le jardinage faisait partie des exercices physiques préconisés pour une bonne santé). Elle a passé une heure au GEM, à se rendre utile, à parler à une interlocutrice physique, à se sentir moins seule…une heure ! et elle est repartie en me remerciant encore pour cette bouffée de socialisation, d’humanisation même ! car nous ne sommes pas des êtres de solitude, surtout non désirée... Pour moi, évidemment, j’étais dans une forme de transgression. J’assume totalement cette acte posé, là, juste pour redonner espoir à quelqu’un qui me semblait un peu perdu dans ce marasme de la société.
Nous étions le 24 avril, quinze jours avant le déconfinement annoncé par le gouvernement…Que faire ? ni une, ni deux, j’envoie un mail à l’ARS, pour avoir leur validation d’un accueil au GEM. Nous étions lieu de répit pour éviter les hospitalisations, ma demande était toute légitime. C’est ainsi, que l’accord a été donné. Mon employeur m’a fourni un justificatif de déplacement, motif coché sur l’attestation dérogatoire : « Consultations et soins ne pouvant être assurés à distance…patients atteints d’une affection de longue durée ». Voilà, ça, c’est fait ! nous étions dans la légalité. Pour la sécurité sanitaire, le local de notre GEM, suffisamment grand et avec un grand jardin, permet largement la distanciation sociale. Un parcours a été mis en place et un sens de déplacement ont été instauré, en passant par la cuisine pour un lavage des mains dès l’arrivée des adhérents. Des masques jetables, du gel hydro alcoolique et des gants à disposition des visiteurs, le Gem était prêt à rouvrir sa porte !

L’accueil particulier de la jardinière, je vais l’appeler comme ça, a été le fer de lance de notre future organisation. Tout d’abord, j’ai mené un sondage auprès des onze adhérents, isolés, dans un appartement. Je leur proposais de les accueillir une heure de temps en temps, deux par deux. Assurément, cette offre a été accueillie avec grand plaisir, voire de soulagement. Sauf…trois adhérents, qui ne voulaient pas sortir avant le 11 mai, date, annoncée par le président ! lorsque l’un d’entre eux m’a demandé si ce même président était au courant de ce déconfinement avant l’heure, il a décidé d’attendre le 11 mai et s’est tout à coup, découvert une activité sportive, des balades à la campagne, de l’écoute de musique, de quoi tenir jusqu’au 11 mai, quoi !... Je n’ai jamais douté du respect des lois de notre société chez les adhérents de ce GEM. Mais là, chapeau ! Attention ! aucune ironie de ma part, je parle des règles sociétales, pas celles qui régissent le GEM, on est bien d’accord. Le GEM, c’est un autre monde, où on est parfois comme à la maison ! mais ça, c’est un autre débat !

En avant vers de nouvelles aventures

Bref, nous avons, ma collègue et moi commencé à recevoir les adhérents. Les deux premiers accueillis, très contents d’être là, mais sans trop d’échanges entre eux. Ils s’adressaient surtout à nous, les animatrices. De ce fait, aux suivants, nous leur avons proposé de venir avec un adhérent de leur choix. Ce n’était pas mal, ça faisait un peu « vous avez gagné un voyage pour deux, avec la personne de votre choix !! Youpi ! ». C’était un peu ce qu’on faisait, non ? un petit voyage qui nous faisait sortir de cet internement sanitaire !

Voilà, j’espère simplement que cette nouvelle vie professionnelle ne durera pas trop longtemps ! car, frustrée, je le suis, après le report de la SISM, le report de nos sorties festivalières estivales, je vais avoir envie de partir en voyage !


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