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Animateur de GEM, un métier en formation

D 1er juillet 2020     H 04:03     A Stefan Jaffrin     C 3 messages


On recense presque 1000 animateurs (à raison de 1.5 animateurs TP par GEM + 0.5 stagiaire). Même si beaucoup des animateurs semblent moins investis que les présidents dans le militantisme GEMs il n’en reste pas moins que beaucoup d’entre eux aiment leur métier et deviennent de véritables professionnels des GEMs en place depuis plus de dix ans (cas de Véronique Soulez à Marseille, mais également de Nathalie au GEM de Clermont). Un professionnalisme qui va parfois de pair avec un comportement très stéréotypé qui laisse les adhérents dans un rôle subalterne. C’est pour cela que la Fnapsy recommande qu’on ne reste pas plus de 5 ans en poste d’animateur de GEM. Dans les GEMs parrainés par la Fnapsy tout est fait d’ailleurs pour qu’il y ait deux animateurs, un professionnel et un ex adhérent de GEM (souvent d’ailleurs d’un autre GEM pour qu’il ne soit pas en rivalité avec les autres adhérents).

Aucune étude sociologique n’a porté pour l’instant sur cette profession émergente. On trouve des profils très variés et sur la quarantaine d’animateurs de GEM que j’ai rencontrés, peu ont un parcours ou une formation d’animateur, ayant plutôt été éducateurs spécialisés, assistantes sociales, éducatrice en économie familiale,…. Si la plupart sont employés directement par le GEM ou le gestionnaire, on trouve également quelques personnels détachés de la fonction publique hospitalière comme au GEM de Saint Denis, au Passage, dans le 6éme arrondissement parisien ou dans le GEM TC de Clermont-Ferrand.

Il arrive très souvent qu’une même association gére plusieurs GEMs à la fois dans le département. Elle va donc créer en plus des postes d’animateurs, un poste de coordinateurs, comme ce qu’ont fait Espérance Haut de Seine et l’association VIVRE dans les Hauts de Seine ou l’association Espérance63 dans le Puy de Dôme avec son association le GEMdesdômes qui gère les GEMs de Clermont, Issoire et Cournon.

1 ou 2 animateurs et des stagiaires

Beaucoup des GEMs de province fonctionnement normalement avec deux animateurs, comme c’est recommandé par le Cahier des Charges de 2016, avec un animateur-coordinateur en CDI, épaulé par un simple animateur plus souvent en CDD. A Paris c’est beaucoup plus difficile, à moins que le GEM réussisse à négocier un emploi aidé. Ces animateurs sont parfois épaulés par des stagiaires (souvent issus de la même formation que l’un des animateurs qui fait appel au réseau de son école) ainsi que par un jeune en service civique. Certains GEMs comme celui de Margny les Compiégne, le GEM de Beaumont (Clermont Ferrand) avaient de nombreux stagiaires et/ou services civiques.

Mais rares sont les GEMs à avoir en permanence 2 animateurs. La situation varie énormément selon les mois : si l’animateur principal est souvent employé en CDI, le second animateurs ne bénéficie le plus souvent que d’un CDD de 6 mois et il se passe souvent plusieurs mois entre 2 recrutements. Ce délai de carence permet de plus au GEM de se renflouer financièrement, voire de mettre un peu d’argent de côté qui pour s’acheter un Traffic, qui pour partir en vacance d’été. Ne parlons pas non plus des démissions qui sont parfois nombreuses : c’est ainsi que certains GEMs, come celui d’Arnouville ont mis plus de 5 ans avant de trouver un animateur qui reste en poste dplus de 6 mois. Quant au GEM de Nogent sur Oise il s’est retrouvé sans animateur du jour au lendemain, celui-ci ayant fait un sévére burn out du à des conditions de travail très difficiles.

Ce qui n’empêche que beaucoup de GEMs se retrouvent pendant de très nombreux mois avec un seul animateur, à cause du Turn Over fréquent ou de restrictions de budget (notamment pour les GEMs parisiens qui payent un loyer triple par rapport à celui des GEMs de province).

La plupart des GEMs doivent donc souvent se débrouiller avec un seul animateur, voire zéro quand le GEM traverse une crise. Le parrain peut alors soit fermer le GEM s’il estime que les conditions de sécurité ne sont plus remplies, soit laisser le GEM fonctionner en totale et parfois chaotique autonomie : c’est notamment ce qui est arrivé au GEM Janus de Montpellier. Les GEMs gérés par un animateur ex adhérent (6,5 % des GEMs) sont d’ailleurs souvent réputés pour avoir une gestion plus chaotique que ceux gérés par des animateurs professionnels qui gardent une distance plus grande. C’est tout l’intérêt du travail de Sylvain Bourg dans son mémoire de DEIS de l’université de Toulouse (2018 non disponible en ligne) d’avoir comparé le fonctionnement d’un GEM avec animateur professionnel et l’autre un animateur-adhérent : les résultats sont savoureux et révélateurs : le premier GEM fonctionne gentiment sans plus, alors que l’autre est très fusionnel mais part en vrille tous les 3 ou 4 mois.

CDI, CDD ou vacataires
Pour éviter que l’animateur ne prenne trop de poids et de pouvoir, quelques GEMs comme Bon Pied Bon Oeil (BPBO) à Toulouse préfèrent avoir une série de vacataires, intervenant de façon plus ponctuelle. Ailleurs comme dans le nord des Hauts de Seine, on trouve une animatrice volante qui vient épauler l’animateur permanent de chaque GEM un jour par semaine.

Etant associatif et ne dépendant d’aucune grille salariale, chaque GEM peut donc payer l’animateur comme il l’entend, ce qui donne lieu à beaucoup de disparités de salaires, les GEMs ayant d’autres financements que ceux de l’ARS pouvant payer jusqu’à 50 % de plus leur animateur principal, qui sera pour l’occasion souvent rebaptisé coordinateur pour justifier cette augmentation. Les animateurs de GEMs sont rattachés à la convention collective 66 et ne sont pas recrutés en fonction de leur diplôme, mais uniquement en tant qu’animateur pour un salaire à peine supérieur au SMIC, ce qui est bien peu quand on connaît l’étendue des tâches de coordination de l’animateur principal. Beaucoup de ces animateurssont de plus tà temps partiel se retrouvant donc dans la même situation de précarité économique que les adhérents des GEMs. Ce qui explique le fort turn over de la profession..

C’est d’ailleurs pour acquérir de nouvelles compétences que beaucoup d’animateurs comme Fabien Genet (Haut de Seine), Sylvain Bourg (Toulouse) ou Philippe (Connexion +) entreprennent des études complémentaires, souvent un DEIS (Diplôme d’Etude Supérieure en Ingénierie Sociale).

Mais être animateur de GEM peut être une véritable vocation que certains animateurs sont prêts à assumer quitte à subir une perte de salaire. C’est ainsi que nous avons rencontré plusieurs animatrices d’Hopital de Jour qui ont préféré quitter un poste plus rémunéré et protecteur dans la fonction publique hospitalière, parce qu’elles ne voulaient plus travailler avec une institution maltraitante.

Beaucoup de progrès peuvent être faits au niveau de l’animation des GEM qui laisse parfois à désirer : elle est en effet assurée par de jeunes animateurs qui ne connaissent pas grand chose aux problématiques de santé mentale et seraient plus à leur place dans une colonie de jeunes ados (certains ont par exemple une lourde tendance à s’enfermer dans leur bureau et à se réfugier dans le travail administratif, voire à considérer les gémeurs comme de grands enfants).

Une nouvelle profession en train de voir le jour
C’est une nouvelle profession, ou plutôt une nouvelle spécialité, en train de naître. L’Université Paris VIII a d’ailleurs mis en place avec le GEM de Vanves en 2012 un diplôme d’animateur de GEM ( 200 heures de cours, soit environ 2 mois de formation). Cette formation a fait long feu puisqu’elle n’a pas été poursuivie les années suivantes, faute de candidats ….entre autre. Elle était également proposée en 2016 dans le catalogue des formations de l’Université Paris 8 mais n’a pas eu lieu. Sa relance par le CNIGEM est cependant toujours à l’ordre du jour si l’on en croit les rumeurs, même si les 40 formations de 2 jours organisées en 2019 s’y sont largement substituées. Une école d’infirmière de Strasbourg proposait elle aussi dans son catalogue une telle formation (Mise à jour 2020). Les Crehpsy organisent eux aussi à intervalles réguliers des formations comme celle-ci, organisé par le Crehpsy Haut de France. L’AFTC aussi organise à intervalle régulier des modules de formation pour les animateurs de GEM.

Quant au GEM Parenthèse à Marseille dont l’animatrice Véronique Soulez est également vice présidente de Substrat, l’association des animateurs de GEM, en cours de création, il est depuis peu organisme certificateur afin de faire reconnaître la profession dans la nomenclature professionnelle (avec un profil de poste et une formation y correspondant).

Une association des animateurs de GEMs, Substrat, est en cours de formation. Elle a d’ailleurs organisé sa première réunion à Narbonne en septembre 2018 et une suivante à Besançon en mars 2019. Certaines ARS de leur côté ont également financé des groupes d’analyse des pratiques et des formations spécifiques à certaines techniques d’animation.

Les formations des animateur de GEM

Plusieurs façons co-existent pour connaître les formations des animateurs de GEM : le sondage auprés de notre groupe Facebook qui regroupe une centaine de répondants parmi lesquels une trentaine d’animateurs. Nous avons également collecté une vingtaine d’offres d’emploi parues au cours des années 2019/2020 qui permettent de comprendre quels sont les formations les plus recherchées par les employeurs.

Côté formation, c’est le DEJEPS qui tient la côte avec 20% des animateurs de notre groupe Facebook titulaire de ce dîplôme. On trouve également un cinquième de psychologues parmi eux, dont pas mal d’art thérapeutes. Educateurs spécialisés et Moniteurs sont curieusement moins nombreux.
Définition du Dejeps : https://cemea-formation.com/presentation.php?page=dejeps

On trouve aussi quelques Coordinateurs en intervention socioprofessionnelle, CISP
On trouve également un bon cinquiéme d’autodidactes avec quelques métiers complétement hors normes comme celui de mécanicien automobile, prof de dessin en lycée professionnel, secrétaire ou taillerus de pierre.

CESF

AMP (aide médico-psychologique)

BPJEPS

CAFERUIS

Quand l’adhérent devient animateur professionnel

Il arrive et c’est encouragé par les ARS qu’un des adhérents devienne l’animateur salarié du GEM. C’est souvent très difficile à mettre en place à cause du changement de statut qui n’est pas toujours très bien vécu par les autres adhérents. Mais quand cela marche, ça donne de très bons animateurs,plus en empathie avec le reste de l’association, alors que les professionnels auront toujours une distance et un moule professionnels. C’est d’ailleurs de façon générale les animateurs n’ayant pas d’expérience médico-sociale ou même sociale (le tailleur de pierre de Nogent, le garagiste du Puy de Dôme,....) qui sont les meilleurs animateurs que nous ayant pu rencontrer : tout simplement parce qu’ils sont naturels et inspirés.

Les GEMs étant fondés sur la paire aidance et l’autogestion, l’idéal c’est que l’adhérent puisse devenir également animateur. C’est ce qui se passe dans 10% des GEMs et notamment dans ceux d’Advocacy Paris ou les animateurs sont systématiquement des anciens adhérents, dont la célèbre Chrystelle Rosar (auteure du livre paru en 2013 « J’ai survécu à la psychiatrie »). Une collaboration qui ne marche pas toujours comme ce fut le cas au GEM de Margny les Compiègnes, ou l’animateur dut démissionner au bout de 6 mois : il est pas toujours évident de passer de l’autre côté de la barrière du statut d’adhérent à celui d’animateur salarié : la jalousie l’emporte parfois.

Et vous quel est la situation chez vous ? Dites le nous dans le formulaire ci dessous en n’oubliant pas de préciser quel est votre GEM.

3 Messages

  • Bonjour,

    Juste un petit commentaire car il apparaît à la lecture une contradiction entre "peu ont une formation d’animateur" et les formations DEJEPS comme BPJEPS (principales formations d’animateurs/trices avec le DUT animation socioculturelle) qui sont indiquées comme ayant la côté pour l’une et citée pour l’autre.

    Il me semble que cette contradiction n’est qu’apparente mais aussi qu’elle procède d’une évolution entre personnes du médico-social (infirmiers, éduc, AMP) qui ont intégrées le salariat des GEMs à leurs créations et de plus en plus d’anims qui rejoignent les GEM, notamment parce que c’est leur métier. Cela dit, c’est une impression et je laisse le chercheur chercher et confirmer ou infirmer ce sentiment.

    Pour ce qui est d’Arrimage, je crois que ma collègue a déjà répondu (nous cumulons maintenant DEJEPS & BPJEPS) et je remplace depuis mai une collègue... titulaire du DUT. Celle-ci avait découvert les GEM et Arrimage dans le cadre d’un stage de sa formation il y a presque 10 ans, et avait postulé 3 ans plus tard quand l’association cherchait un.e nouvel.le anim.

    Bonne continuation !


  • Oui. En effet c’est cela. Les GEM perdent peu à peu de leur image médico-sociale et c’est pour ça que les profis de poste évoluent. Educ spé reste très lié au médico-social. Je suis sur d’ailleurs que quand j’aurai rentrer sufisament d’offres d’emploi dans ma base (https://entraide-mutuelle.net/La-page-recrutement-Petites-annonces) on pourra en tirer des conclusions sur les profils de recrutement en fonction des profils de gestionnaires.


  • C’est vrai que l’on ne rencontre pas beaucoup d’Éducateurs Spécialisés pour animer des GEM.


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