The French taste Psychiatric Survivors Mutual Help Groups (GEMs)
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Brève histoire des GEMs

D 16 août 2019     H 07:59     A Stefan Jaffrin     C 0 messages


Lancés il y a bientôt quinze ans par la fameuse loi de 2005 sur la reconnaissance du handicap psychique, les GEMs ont ouvert leurs portes par centaines jusqu’en 2009 : il en existait déjà plus de 350 fin 2011, c’est à dire plus que le nombre de 300 que les autorités de santé s’étaient alors fixé.

Toute une partie de la thèse va consister à analyser comment la forme d’organisation des GEMs s’est progressivement construite du début des années 2000 lorsque les premières préconisations de création de telles structures ont vu le jour, jusqu’à leur création effective en 2005, puis avec les arrêtés, circulaires qui se sont succédés chaque année depuis pour préciser ce fonctionnement. On ne devient pas GEMs du jour au lendemain ; cela prend parfois plusieurs années, le temps de mettre en place toutes les structures nécessaires pour devenir un GEM et remplir les conditions du cahier des charges : parrains, gestionnaires,..

Nous retracerons également l’histoire des GEMs, non pas uniquement comme elle est racontée par ses acteurs, mais aussi dans toute sa dimension conflictuelle et émergente. Les GEMs ont fait l’objet entre dans les années 2008/2012 de très nombreux travaux et d’articles de presse et de dossiers spéciaux, ce qui va permettre de connaître de façon détaillée leur fonctionnement de l’époque1. Par contre il n’y a plus eu d’articles sur les GEMs entre 2012 et 2016, comme si le revirement sécuritaire de 2011 avait détourné l’attention de la démocratie psychiatrique ainsi qu’en témoigne d’ailleurs la stagnation du nombre de GEMs entre 2011 et 2014. Cela n’a pas empêché la soutenance d’une dizaine de mémoires des Ecoles de Santé Publique pendant ce laps de temps. La multiplication des travaux depuis 2017 témoignerait d’une sorte de retour de balancier, sans doute dû aux forts mouvements d’usagers pour davantage de moyens et de démocratie en psychiatrie.
On trouve les premières référence à la nécessité de groupe d’usagers dans le livre blanc de la santé mentale de 2001 co-écrit par la conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME), de centres hospitaliers spécialisés (CHS), la Croix-Marine, la Fnapsy et l’Unafam.

Une centaine des GEMs actuels, existaient déjà avant la création officielle du concept de GEM sous forme de Clubs Thérapeutiques ou d’associations d’usagers, souvent affiliés aux Croix Marines. La plupart des Clubs Thérapeutiques et associations d’usagers existants sont devenus des GEMs, même si quelques associations, comme Via Nova (Paris 19éme Club Thérapeutique) ou Toute Voile dehors (Toulouse Association d’usagers) ont refusé de sec transformer pour pouvoir garder leur spécificité, quitte à ne pas recevoir les 78 000 Euros de financement ARS.

C’est les Croix Marines (devenues Santé Mentale France depuis 2015) qui ont lancé le plus grand nombre de clubs thérapeutiques dès les années 60. Selon une des légendes de l’UNAFAM (source Michel Girard), la secrétaire d’état Anne Marie Montchamp aurait visité un club de malades de Bordeaux et c’est suite à cette visite qu’elle aurait décidé de la création des GEMs. Mais la plupart attribuent davantage la création des GEMs à Claude Finkelstein, la dynamique présidente de la FNAPSY. Tout le monde souligne le rôle précurseur qu’elle a eu en la matière. On peut même en la matière parler d’une relative starification dans la mesure où elle à même eu droit à un portrait en une page dans le journal le Monde au moment de la création des GEMs.
Après avoir connu un doublement de leur nombre d’année en année de 2005 à 2009, le nombre de GEMs a quasiment stagné entre 2012 et 2015, comme s’il y avait un retournement de tendance, explicable à la fois par les lois sécuritaire de 2011, la crise connue par la gouvernance des GEMs (La Fnapsy s’étant retirée du triumvirat), la mode de la paire-aidance qui a soudain capté tous les budgets. Cette baisse de régime s’est d’ailleurs sentie dans le nombre de dossiers spéciaux et d’articles consacrés aux GEMs qui a quasiment disparu depuis 2011. Sans doute un effet des modes journalistiques qui ne s’intéressent qu’à ce qu’il y a de nouveau, mais pas que….Les GEMs ont sans doute un peu perdu de leur pouvoir d’attraction à ce moment là remplacé par le concept furieusement tendance de paire aidance.

C’est donc tout à fait normal qu’ayant atteint ce pallier, il y ai eu un temps de latence et de réflexion, avant de poursuivre plus avant l’expansion. Il y eu aussi le clash avec la FNAPSY qui voulait à tout prix que les pairs aidants soient intégrés aux GEMs et qui se retira pendant un an du comité de pilotage des GEMs et participa pas du tout à l’élaboration du nouveau Cahier des Charges de 2011. Celui a entraîné beaucoup de remue ménage, donnant aux GEMs beaucoup de nouvelles obligations et les obligeant à de difficiles contorsions que finira par corriger le cahier des charges de 2016. Pour beaucoup le Cahier des Charges 2011 était allé trop loin dans l’institutionnalisation des GEMs, devenant de simple structures médico-sociales comme les autres.

C’était l’époque héroîque où tout était a inventer, avec la très dynamique Maïté Arthur et son UNGF (Union Nationale des GEMs de France) et une Fnapsy en pleine période de créativité.

L’organisation des GEMs fera d’ailleurs pendant presque un an de juin 2013 à février 2014 de nombreux séminaires de réflexion pour faire face à ce qui s’apparentait à une crise de croissance.

Une seconde expansion en 2018

Après avoir stagné pendant 3 ans depuis 2011, le nombre de GEMs grimpe de nouveau depuis 2014 avec 16 créations par an, puis 36 en 2017 et 50 en 2019. Outre leur multiplication ( 100 GEMs créé depuis 2014, 50 en cours de création au cours de l’année 2019), on assiste à un enracinement des GEMs dans leur environnement local, grâce à la multiplication de leurs partenariats . L’ARS consacrant d’ailleurs 10 % du budget GEM (36 millions d’Euros) à la création de nouveaux GEMs et ayant autorisé la création de nouveaux GEMs à destination des autistes et des déficients mentaux (Nancy l’Arche).

On assiste par ailleurs depuis 2018 à une forte structuration des GEMs avec un financement très important donné par les pouvoirs public à une fédération InterGEM, le CNIGEM, chargé de devenir le représentant officiel des GEMs.

Qie va-t-il se passer maintenant ? Après la stagnation des années 2011 à 2015, on a assister à 16 puis 30 et 50 créations de GEM par an, l’année 2019 marquant une sorte d’apogée. Les GEMs après avoir été un temps eclipsés par la vague de la paire aidance, semble de nouveau depuis 2016 être dans l’agenda des politiques de santé. En témoigne l’intégration des GEMs dans le plan autiste et leur ouverture progressive à d’autres type de handicap et notamment la déficience intellectuelle.
Pour résumer la situation, on pourrait dire que leurs 15 premières années d’existence ont été celle de l’accouchement et que les 15 prochaines peuvent être pressenties comme celles de leur envol pour atteindre une vitesse de croisière.

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