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GEM, la démocratie Potemkine

Les GEMs sont ils de réelles associations d’usagers ?

D 21 septembre 2019     H 10:50     A Stefan Jaffrin     C 2 messages


Il est dit et redit que les GEMs sont des associations loi 1901. C’est même la condition sine-qua-non si on en croit le cahier des charges du CNSA pour être un GEM, qu’importe que vous ayez 6 adhérents comme le GEMs de Tonneins (dans le Lot & Garonne) qu’il y ait des psychologues comme au Club des Peupliers ou que vous n’ouvriez que quelques heures par semaine comme Ecoute suicide à Nantes. Du moment que vous engagiez à créer une association d’usagers dans les 3 ans, vous pouvez être un GEM.
Il est très rare que les usagers soient eux mêmes à l’origine de la création d’un GEM. D’ailleurs, seuls 13 % des parrains des GEMs sont des associations d’usagers, contre 40 % d’associations de familles d’usagers et 20% aumoins de structure médico-sociales. Et encore, on sait ce que ça veut dire "asso d’usagers" : Il s’agit bien souvent de groupes quand même très contrôlés par les institutionnels (exemple de l’association des usagers de Charenton, Esqui, dont le choix du président est fait par un psychiatre). Ce fut d’ailleurs un reproche assez permanent de l’association Advocacy, qui mit même en place un cahier de doléances en 2011 pour protester contre l’institutionnalisation des GEMs.

Usagers mais pas trop
On est bien loin de l’image d’Epinal des usagers se réunissant en 1949 sur les marches de la bibliothèque de New York pour donner le jour au premier Club House Américain. Ce sont bien bien plus souvent des familles d’usagers, la fameuse Unafam, ou des structures médico-sociales qui répondent aux appels d’offre de l’ARS pour la création de nouveaux GEMs. Et lorsque ce sont des usagers eux-mêmes qui veulent monter un GEM, ils se font très rapidement reprendre en main par les institutionnels locaux comme nous avons pu le voir récemment à Salon de Provence. A l’origine des personnes fréquentant le CMP local qui lancent un projet de GEM. On leur rit un peu au nez en leur disant que ce n’est pas très sérieux et l’année suivante Isatis qui possède déjà 3 GEMs dans le département ouvre sa structure.

Pour dire vrai, nous n’avons jamais rencontré encore de GEM ayant été réellement mis en place par une association d’usagers ; celle-ci a toujours été créée spécifiquement pour répondre au Cahier des Charges ou bien a été à l’origine le fait de professionnels pour leurs usagers.... Pour une structure médico-social, le GEM est une vitrine sympathique, le truc nouveau qu’on peut facilement mettre en avant pour accroître sa surface, celui qui fera qu’on aura des articles dans la presse, qu’on pourra participer à la vie associative de la ville : monsieur le maire est souvent très content de ses ouveaux citoyens... C’est pas tous les jours qu’on à 75 000 Euros de budget en plus, mulitpliés par 3 ou 4 pour certains (voire 7 pour la Mayotte qui gére les GEMs du 93 et du 95). Certes les structures médico-sociales, n’en tirent que 2 salariés de plus et 3000 Euros de frais de gestion par an.... Mais en terme d’image, c’est vendeur.

Une démocratie sous contrôle
Pourtant les choses ne sont pas aussi clair que ça et surtout on s’aperçoit qu’être déclaré en tant qu’association ne veut pas forcément dire grand chose en faite. Parce qu’en effet si le président et le conseil d’administration, tous les deux élus par les adhérents du GEM, exerce en effet un certain pouvoir, ce pouvoir n’est pas un réel pouvoir dans la majorité des cas. Et cela pour deux raisons principales :

  • La présence de professionnels salariés qui règnent en maître d’autant plus qu’ils sont appuyés par un gestionnaire extérieur puissant qui a une naturelle tendance à considérer le GEM comme un de ses services, alors qu’il n’est qu’un prestataire de service.
  • Le pouvoir du parrain qui de consultatif dans la majorité des cas, peut devenir coercitif -le parrain a toujours le moyen de reprendre le contrôle des choses s’il estime que ça se passe mal.Si certains parrains vont à fond dans le jeu de l’autonomie (comme Advocacy), d’autres gardent encore une vision doucement paternaliste de leurs grands enfants. Le parrain fonctionne alors comme une sorte d’organisme de tutelle.

Il faut dire qu’après une période relative anarchie, le nouveau cahier des charges de 2011 a donné un tour de vis très médico-social aux GEMs, en leur imposant une série de normes et d’objectifs, qui ont du être corrigés dans le cahier des charges suivant de 2016.

Un animateur omniprésent

L’animateur reste très souvent l’élément central du GEM, celui qui impulse, celui qui propose, celui qui gère. Notre première année d’enquête nous a permis de fréquenter une bonne cinquantaine de GEMs et d’assister à une dizaine de réunions de GEMs. A chaque fois que nous prenons contact avec l’un d’entre eux c’est vers l’animateur que nous sommes orienté. Quant aux réunions, c’était invariablement l’animateur qui menait les discussions, même s’il faisait des efforts pour donner la parole au président.

Nous échangeons souvent nos cartes de visite avec des présidents de GEM qui parfois en ont une. Mais lorsque nous appelons au téléphone c’est toujours sur l’animateur que nous tombons. C’est normal : c’est une carte de visite collective et le téléphone est dans le bureau de l’animateur. Mais quand même ....au début ça nous a fait quelque chose.

Cela dit il faut reconnaître, comme nous le disions précédemment, que dans certains GEMs, souvent grâce au volontarisme du parrain, pour qui il est important que ses enfants grandissent, c’est les adhérents qui ont le pouvoir final, celui de recruter l’animateur. Mais ces GEMs se comptent encore sur les doigts de la main (Margny Les compiégne, L’Etoile Polaire, La Maison Bleue de Perpignan,...). Et ces GEMs connaissent souvent alors les soubresauts de toutes les démocraties naissantes (coup d’état, violence ) cf notre précédent article sur les exclusions dans les GEMs.

A Lire :

Les GEMs entre l’entraide et le risque de l’institutionnalisation
Jacques Papay et Meriem Hajjar
Dans Vie sociale 2012/4 (N° 4), pages 189 à 200

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