<
  The French taste Psychiatric Survivors Mutual Help Groups (GEMs)
Vous êtes ici : Accueil » Le(s) GEM(s) de la semaine » Les ClubHouses, des Super-GEMs destinés au retour à l’Emploi et à la (...)

Les ClubHouses, des Super-GEMs destinés au retour à l’Emploi et à la Réhabilitation Sociale

D 12 décembre 2019     H 03:52     A Stefan Jaffrin     C 0 messages


Il en existe aujourd’hui 340 dans 30 pays dont une centaine aux États Unis, une vingtaine en Finlande et un en Russie (comme en France jusqu’en 2017 !!!). Ce type de structure est apparu aux Etats Unis dans les années 50 au même moment que les club thérapeutiques en France. Il s’est répandu dans une trentaine de pays depuis les années 70, avant de voir le jour en France en 2011. 2 autres clubs ont depuis ouvert leur porte et l’association ClubHouse France qui chapeaute le tout espère bien en ouvrir une vingtaine dans les 10 prochaines années. Le prochain sur la liste est celui de Nantes qui devrait ouvrir ses portes dans les prochains mois.
Avec les ClubHouses, contrairement aux GEMs ou aux Clubs Thérapeutiques qui restent très franco-français, nous sommes clairement dans une démarche internationale, tous étant censés obéir à une charte commune et en étant dans de nombreux pays financés par les grandes entreprises.
Leur objectif est celui de la ré-insertion professionnelle et leurs méthodes sont typiquement comportementales. La journée y est organisée comme une journée de travail, avec une réunion quotidienne pour la distribution des tâches et l’organisation de chaque activité : laver le sol, communiquer sur le Club House, préparer la newsletter.... Pour faire bonne figure, la bienveillance y rêgne en maître (contrairement à ce qui se passe dans nombre d’entreprises), et le soir hebdomadaire d’ouverture du ClubHouse est consacré aux activités de détente. A 10h30, une demie heure après l’ouverture des portes qui a lieu toujours exactement à l’heure, commence la réunion d’attribution des tâches. Après lecture d’un chapitre de la charte des CH (comme pour les Alcooliques Anonymes où l’on commence toujours la réunion par l’énonciation d’un des 12 principes des AAA), chacun dit comment il se sent aujourd’hui et chacun de la dizaine de Gémeur présent va choisir sa tâche de la journée. Contrairement aux GEMs, consacrées aux activités de groupe, dans les ClubHouse les activités sont répartis en plusieurs sous groupes. Il faut dire que dans un GEM il n’y a souvent qu’un animateur présent, alors que là le staff est généralemetn de 3 personnes.
Comme les GEMs les ClubHouses sont autogérés, mais de façon beaucoup plus professionnelle avec moult PaperBoards, panneaux d’activité, hiérarchisation des rôles entre chacun…. Et parmi les salariés du ClubHouse aucun ex adhérent ou handicapé psychique stabilisé.

Deux espaces de travail

Le ClubHouse de Paris est d’ailleurs divisé en deux espaces de travail, la Ruche, consacrée aux activités domestiques et la Forge…. Une fois que l’on choisit l’un des espaces, on ne doit pas en changer. Pour bien montrer que l‘on est dans un univers structuré avec une stricte séparation des rôles homme/femme,….. Les charmes du comportementalisme américain sont d’autant plus mis en valeur par l’utilisation du jargon anglo-saxon : les salariés y sont appelés le staff,...
Si on voulait définir en deux mots le ClubHouse de Paris on pourrait parler d’un GEM puissance 5, ce qui correspond plus ou moins au différentiel de richesse, de performativité entrepreneuriale des animateurs et de la diversité des tâches proposées. Là où un GEM dispose d’une dotation de 77 000 Euros par an, le ClubHouse Paris fonctionne avec un budget de 500 000 Euros et une équipe permanente de 6 professionnels. Il faut dire qu’assurer le suivi hebdomadaire, avec déplacement d’un staff dans l’entreprise,des adhérents qui re-travaillent est autrement plus time-consuming qu’organiser des parties de belote. La communication externe du ClubHouse, véritable machine à communiquer, prend aussi beaucoup de temps : accueil des équipes de télévision venue en reportage, mise à jour permanente du site WEB,… On peu le dire, tout autant qu’un lieu de travail le Club House de Paris est une machine à communiquer pour mieux faire connaître le modèle ClubHouse.
Le ClubHouse dispose d’un immeuble avec 200 mètres carrés de surface habitable et une quinzaine de pièce, contre une moyenne de 60 mètres carrés pour un GEM (2 bureaux pour le staff, une cuisine bien sûr américaine de 20 mètres carrés, une immense tablée pouvant accueillir 30 personnes…

Les ClubHouse français n’emploient pas d’ex-psychiatrisés. Une des raisons qui est apparue est que les ex psychiatrisés seraient trop proches des adhérents, alors que le but du ClubHouse est de maintenir une distante bienveillante mais respectable entre les 2 castes, celle des adhérents et celle du staff.
Une sélection relativement drastique
Les ClubHouses sélectionnent énormément leurs adhérents. Pour devenir adhérent d’un GEM, il suffit en général d’y aller quelques fois pendant 2 mois puis d’être accepté comme adhérent par le bureau de l’association. Faire parti du ClubHouse est une démarche qui prend plus de 6 mois et nécessite une série d’étapes : participation à une première réunion de présentation du ClubHouse, puis quelques mois après à une seconde réunion, avant d’être autorisé à participer à une journée au sein du ClubHouse. Une lettre et un contact de vive voix entre le ClubHouse et le psychiatre est demandée.
Et pas question d’entrer dans les locaux sans avoir montré patte blanche et avoir rendez-vous. Alors que la plupart des GEMs vous accueilleront de façon sympathique, même si vous n’avez pas prévenu de votre passage, si vous arrivez un peu à l’avance au Club House on vous fera patienter devant la porte jusqu’à l’heure du rendez-vous : "nous sommes en pleine préparation, revenez à l’heure que nous avons indiqué."
Pas de doute possible : nous sommes bien dans une grande entreprise et pas dans une auberge espagnole.

Ma difficile intégration personnelle au ClubHouse de Paris :

Il n’est pas forcément évident d’être intégré au sein d’un ClubHouse. Pour ma part j’ai suivi tout le processus en le respectant à la lettre et au bout de 2 ans, je n’ai toujours pas réussi. Cela tient beaucoup au fait que le ClubHouse de Paris a connu un renouvellement de la moitié de son staff en 2019 (ils sont 6 avec un directeur en plus et 3 des salariés sont partis), donc ça a freiné les recrutements, alors qu’il y a une très forte demande. Mais un recrutement normal prend plutôt 6 mois avec 1 premiére réunion d’information suivie d’une journée d’immersion et de 10 jours de test. Dans mon cas, tout a été compliqué par le fait qu’ ils ont pas réussi à établir de bonne relation avec "ma" psychiatre..Elle ne leur a jamais répondu au téléphone, se contentant de faire une lettre disant que j’étais bon pour le service. En fait, j’ai un peu l’impression qu’à travers les adhérents, c’est également les psychiatres qu’ils cherchent beaucoup à recruter pour leur cause. Un ClubHouse, c’est beaucoup de marketing.

Pour aller plus loin :

La thèse de Clémence Battin
Le modèle Clubhouse en psychiatrie : évaluation clinique de la première expérimentation française
Cattin Eugénie D’un lien possible entre réhabilitation psychosociale et Psychothérapie institutionnelleThèse de Médecine Université René-Descartes, sous la direction d’Adrien Altobelli 2017

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message