The French taste Psychiatric Survivors Mutual Help Groups (GEMs)
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Les tribulations d’un sociologue dans la tribu des GEMs

D 21 août 2019     H 09:48     A Stefan Jaffrin     C 2 messages


Un sociologue est toujours un peu sensible à l’accueil plus ou moins chaleureux des tribus qu’il étudie. Les GEMs de façon général sont assez ouverts. Pour l’instant il ’y en a que 3 qui ont refusé que je les rencontre pour la bonne raison qu’ils connaissaient des moments difficiles : déménagement pour deux d’entre eux, conflits avec le gestionnaire pour l’autre. Il y en par ailleurs 10 % qui ne répondent jamais au téléphone ni n’ont de messagerie téléphonique. Gageons qu’ils n’existent plus. Un autre GEM, plutôt que je lui rende visite, insiste pour que je lui envoie à l’avance mes questions par écrit.

Quant aux organismes supra-GEMs, il est relativement facile de les rencontrer une fois. Mais il ne faut pas trop compter les revoir ou du moins revoir la même personne : au bout d’une heure d’entretien et l’achat de la revue ou ils parlent de ce qu’ils font (20 Euros le N°15 de Santé Mentale France) , c’est "au revoir et bonne chance pour votre thèse." Les journalistes n’ont besoin de rencontrer leur interlocuteur qu’une fois, pour faire un bon papier, pourquoi en serait-il différent des chercheurs ? Nous sommes passé à l’ère du "one shot". J’ai beau leur expliquer qu’il s’agit d’une première rencontre pour étudier le terrain, il faut à tout prix une liste de questions précises à laquelle il vous sera parfois répondu :"nous n’en savons pas plus" ou bien carrément "nous n’entrerons pas dans les détails". Ainsi avons nous appris qu’il y avait des entrepreneurs dans un GEMs, mais impossible de savoir si c’était des patrons de SA ou des auto-entrepreneurs. Côté littérature écrite en revanche, ça se passe mieux : seule une thèse pour l’instant s’avère inaccessible et un quart des articles sont accessibles gratuitement : pour la vingtaine d’autres indispensables, compter environ 200 Euros. Les livres n’étant pas légions sur les GEMs, ça nous fait autant ça d’économisé.... A part le Guy Baillon, le Jean Besançon et tous ceux sur les expériences de Laborde et cie et le récent traité de Réhabilitation Sociale de Nicolas Frank à 90 Euros.

On peut se réjouir en revanche que les 7 bilans d’activités des GEM publiés par l’ARS soient disponibles, contrairement aux Compte rendu du Comité de suivi du CNSA : Seul celui de 2018 est en ligne. Comme me le disait une correspondante du CNSA, le passé est le passé, c’est l’actualité des GEMs qui compte et les choses importantes ont toutes été publiées dans la presse. Dont acte.

Quant au Saint Graal : arriver à faire de l’observation de terrain, ça n’arrive de temps en temps, mais pas à chaque fois. C’est ainsi que pour l’instant je ne suis pas encore assuré de pouvoir assister aux fameuses formation à 300 000 Euros financées par le CNSA : "les places sont chères et la demande est trop forte". Les GEMs du nord des Hauts de Seine de Seine me sont pour l’instant interdits, ainsi qu’un GEM des Hauts de France, qui souhaitent d’abord en discuter en bureau : ça tombe mal j’ai souvent tendance à débarquer à l’improviste, à tel point qu’une fois ou deux le GEM visité à crû que j’étais un auditeur de l’ARS.

Pour ce qui est de la rencontre des animateurs de GEMs, sans doute 10% de ma thèse, c’est carrément râpé. C’est dommage, j’avais eu un début de rapport sympa avec une petite animatrice des Cévennes qui m’avait proposé de leur rendre visite en janvier dernier. Mais finalement j’avais du choisir la Bretagne pour des raisons financières. Depuis ils ont trouvé que j’avais trop insisté pour assister à leurs reocntres de Besançon et ne veulent plus me parler.

Quant au ClubHouse de Paris, voilà deux ans que j’attend de pouvoir en interviewer le directeur de façon approfondie, mais c’est vrai qu’en revanche j’ai eu droit à 4 ou 5 réunions d’information et à 2 jours en immersion en tant que gentil psychiatrisé, une façon comme une autre de se faire admettre au Club House.

Quant aux autres étudiants qui préparent un mémoire sur le même sujet (j’en ai trouvé 3), pas facile non plus de les rencontrer, ils sont tout bonnement aux abonnés absents sans doute trop préoccupés par leur propre mémoire pour discuter avec un collègue qui travaille sur le même sujet qu’eux.
Bon pour résumer tout ça je dirai que comme leur nom l’indique les groupes d’entraide mutuelle font de l’entraide mutuelle entre adhérents de GEM, mais il ne faut pas confondre les GEM avec des groupes dédiées à l’entraide mutuelle en général. Dès qu’on monte l’échelon au dessus, c’est un peu comme partout ailleurs : une certaine cacophonie et des pratiques diverses et variables.

Cela dit, j’ai connu pire : En 88 il m’a fallut sonner un an à la porte de Sos Amitié avant que le président d’honneur, Guy Crescent, par ailleurs président de Calberson et de la fondation Platini, me prenne sous son aile et décrète que pour une fois il en était fini de la culture du secret de Sos Amitié. La porte se referma bien vite. Mais entre-temps j’avais pu publier mon Que Sais Je et ainsi bien terminer ce qu’il fallait terminer.

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